Combattre l’insécurité alimentaire en milieu urbain et l’isolement des agriculteurs grâce à l’Internet

Theresa Schumilas est agricultrice, chercheure et responsable de la mise en œuvre d’un projet financé par le Programme d’investissement communautaire de l’ACEI, grâce auquel elle prévoit changer la donne pour les petits agriculteurs du Canada.

Theresa Schumilas est agricultrice biologique et chercheure au Centre for Sustainable Food Systems de l’Université Wilfrid Laurier. C’est dans le cadre de ses recherches sur l’alimentation durable qu’elle a été confrontée aux enjeux des déserts alimentaires urbains et de l’isolement des agriculteurs, deux problèmes auxquels elle entend s’attaquer par le biais d’un nouvel outil en ligne.

Un désert alimentaire désigne une zone urbaine où les résidents n’ont que peu ou pas d’accès aux commerces et aux restaurants offrants des produits sains à des prix abordables. Si les marchés fermiers hebdomadaires facilitent la distribution d’aliments frais et locaux dans certains quartiers urbains, Schumilas précise qu’il peut être difficile pour les agriculteurs de se décider à y proposer leurs produits.

Les revenus générés par les marchés fermiers des régions peu peuplées ne suffisent pas toujours à rentabiliser les investissements en temps et en ressources requis pour y participer, ce qui constitue un obstacle important pour certains petits et moyens producteurs.

Grâce à l’appui du Programme d’investissement communautaire de l’ACEI, le Centre développe un nouvel outil en ligne qui permettra de relier les communautés urbaines en situation d’insécurité alimentaire et les agriculteurs écologiques ruraux de la région de Waterloo, en Ontario. Par cette approche, Schumilas vise à améliorer l’efficience des petits producteurs et à offrir une meilleure expérience numérique aux consommateurs des milieux urbains.

Schumilas travaille à la création d’un marché fermier en ligne avec la collaboration de l’Open Food Network (OFN). Cette plateforme numérique à code source ouvert permet aux consommateurs de sélectionner leurs aliments frais auprès d’une gamme de producteurs locaux, de précommander leurs produits en ligne et de les récupérer dans un comptoir ou un point de chute. Les producteurs participants sont alors en mesure de coordonner leurs ventes au préalable et de déterminer les meilleurs trajets de livraisons vers les points de chute situés en ville, ce qui s’avère bien plus rentable. De cette façon, les marchés fermiers en ligne permettent non seulement d’offrir des aliments frais aux quartiers souffrant d’insécurité alimentaire, mais aussi de mettre fin à l’isolement social des fermiers ruraux.

L’OFN, une plateforme mondiale déjà utilisée à travers douze pays, est actuellement mise à l’essai dans les régions de Waterloo et du nord-ouest de l’Ontario, en vue d’un déploiement dans l’ensemble du Canada. Schumilas, qui a mené ses recherches de doctorat en Chine, y a été inspirée par la façon dont les plateformes technologiques étaient employées pour relier l’agriculture soutenue par la communauté (ASC), les fermes écologiques et les carrefours alimentaires. C’est ce qui l’a conduite à s’impliquer auprès de l’Open Food Network au Canada.

À l’heure actuelle, les codes informatiques s’avèrent tout aussi importants que les graines lorsqu’il est question de souveraineté alimentaire 

- déclare-t-elle dans un vidéo portant sur le parcours qui l’a menée de la ferme aux recherches sur la sécurité alimentaire et aux plateformes en ligne.

Les lacunes en matière de littératie numérique

Schumilas explique que les agriculteurs de Waterloo étaient initialement enthousiastes à l’idée d’un marché fermier en ligne et de gains d’efficience, mais qu’ils ne faisaient pas tous preuve des compétences numériques nécessaires pour pouvoir utiliser le nouvel outil à son plein potentiel. 

« Les agriculteurs ont l’habitude des marchés directs où ils peuvent discuter avec les clients, ou peut-être rédiger de brèves descriptions, montrer leurs produits, et c’est tout », lance-t-elle. « Aujourd’hui, ils doivent apprendre à utiliser de nouveaux systèmes en ligne, tout comme ils doivent maîtriser le marketing et les communications numériques, s’ils veulent s’adapter aux nouvelles réalités. Bon nombre d’entre eux n’ont cependant aucune expérience dans ce domaine. »

Selon un rapport publié par l’ACEI, L’écart entre nous : Perspectives pour bâtir un meilleur Canada en ligne, l’acquisition de compétences numériques a été qualifiée d’élément clé de la participation de tous les Canadiens à la société numérique du pays. Elle se révèle particulièrement importante pour les habitants des régions rurales ou éloignées, souligne le rapport.

Schumilas affirme que les outils en ligne ne pourront être utilisés efficacement que si l’accès à l’Internet s’accompagne d’un certain niveau de littératie numérique. Le grand nombre de petits et moyens agriculteurs qui éprouvent des difficultés financières lui permet d’avancer qu’il est clair que les compétences numériques deviennent indispensables dans toutes les industries, y compris dans les collectivités agricoles.

La chercheure précise que le marché fermier en ligne représente un projet pilote propre à Waterloo, mais qu’il est possible d’en étendre le champ d’action si les réseaux d’agriculteurs et les communautés se déclarent prêts à y participer. Le projet a d’ailleurs déjà suscité de l’intérêt à travers l’Ontario et prévoit élargir sa présence à l’échelle du pays.

Pour en savoir plus sur l’Internet, l’alimentation et les projets novateurs qui transforment l’industrie agroalimentaire, consultez le dernier rapport de l’ACEI au acei.ca/nourriture.

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