Le Nord canadien mérite un meilleur Internet

Cette semaine, l’ACEI est à Iqaluit, NU afin de rencontrer divers intervenants du secteur des technologies pour discuter de la création d’un Point d’échange Internet afin d’améliorer la vitesse, la performance et la sécurité d’Internet dans la communauté.

Je vis et je travaille avec Internet, et pas seulement parce que je suis le dirigeant principal de la technologie de l’ACEI. Ma vie numérique n’est pas si différente de celle de la plupart des travailleurs de bureau du Canada. Selon le dossier documentaire d’Internet du Canada, produit annuellement par l’ACEI, 71 % des Canadiens passent trois heures et plus en ligne chaque jour. On peut atteindre facilement ce total en lecture et réponses de courriels ou en faisant des recherches au boulot; et dans nos temps libres, en effectuant des transactions bancaires, en achetant des billets de concert ou en se renseignant sur les dernières nouvelles de l’industrie sur les réseaux sociaux. Si l’on ajoute la télévision ou la radio en ligne, il est presque impossible d’être hors-ligne. Du moins, pour les citoyens du sud du Canada.

Cette semaine, l’ACEI est à Iqaluit, NU afin de rencontrer divers intervenants du secteur des technologies pour discuter de la création d’un Point d’échange Internet afin d’améliorer la vitesse, la performance et la sécurité d’Internet dans la communauté (un sujet que j’ai abordé ce printemps). Au cours des prochains jours, je vais partager avec vous les résultats de ces réunions. Mais pour comprendre l’impact qu’un point d’échange internet pourrait avoir, il faut tout d’abord comprendre l’impact que pourrait avoir un meilleur internet sur les citoyens et leur capacité de participer à notre économique numérique et d’obtenir un accès aux mêmes connaissances et services que les résidents du reste du pays.

Le rapport qualité-prix n’est pas le même que dans le reste du pays

Prenons l’exemple d’Aaron Watson, qui habite à Iqualuit. Le père de deux enfants a changé de fournisseurs de services Internet plusieurs fois au cours des dernières années afin de trouver une connexion stable et assez rapide pour effectuer des tâches de base en ligne, et ce, à un prix raisonnable.

À un certain moment, il avait obtenu un forfait de 180 $ par mois pour 60 Go à 5 Mo/s (même si cette vitesse était rarement atteinte). Il pouvait recevoir des factures mensuelles de 600 $, principalement en raison de frais d’utilisation excédentaire de données qui ne lui inspiraient pas confiance. Son forfait actuel lui offre 100 Go pour 140 $, avec des vitesses qui devraient aller jusqu’à 8 Mo/s, mais il affirme que ces vitesses peuvent être atteintes seulement lorsque la plupart des utilisateurs de la ville sont endormis.

« Je peux oublier un abonnement à Netflix », dit-il. Il a de la difficulté à accomplir des tâches en ligne de base comme l’envoi et la réception de courriels avec des documents PDF en pièce jointe, et le coût de ce service représente une part importante du budget mensuel de nombreux foyers canadiens.

Le docteur Shawn Ziai d’Ottawa a constaté de visu les conséquences d’une connectivité Internet de mauvaise qualité au cours d’un séjour de travail dans la capitale du territoire. Il affirme que l’accès limité à des services Internet de qualité à Iqaluit et dans les régions éloignées signifie rend la tâche des professionnels de la santé beaucoup plus difficile. Bien que les nouvelles technologies soient utilisées dans le cadre de leur travail, la lenteur des services internet fait en sorte qu’il est impossible d’en bénéficier pleinement. Par exemple, il note que Skype est parfois utilisé lors de consultation, mais qu’en raison de la piètre performance internet, le service n’est pas en temps réel, rendant la communication plutôt difficile.

« Je crois qu’ils utilisent Internet du mieux qu’ils peuvent pour l’instant, mais un Internet plus rapide leur permettra de se mettre à niveau », affirme le Dr Ziai.

La mauvaise qualité de l’Internet a une incidence sur tous les aspects de la société

La mairesse d’Iqaluit Madeleine Redfern remarque les effets de la qualité de l’Internet sur les résidents, y compris le peu de contact avec les amis et la famille et le ralentissement de la productivité au travail. Elle remarque aussi une réduction de l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la culture et aux services sociaux, de même qu’un ralentissement de l’innovation et du développement économique. 

 « Imaginez des opérations en ligne de base que vous faites à la maison, mais qui vous prennent de trois à cinq fois plus de temps parce que votre connexion Internet est lente et limitée », dit-elle, en faisant remarquer que dans une économie numérique qui compte de plus en plus sur la technologie infonuagique, la productivité est touchée.

Il en va de même pour l’innovation et la formation de la prochaine génération de professionnels des TI.

 « La plupart de nos jeunes ne veulent pas se diriger dans une carrière en technologie, car ce n’est pas invitant quand la technologie utilise est périmée et lente, et lorsque les opérations qui doivent être effectuées ne peuvent pas l’être pour ces raisons », dit-elle.

Elle nous fait part de certains points positifs, comme le programme Connected North de Cisco, qui vise à connecter les écoles du Nunavut à des services d’éducation ou de santé en ligne à l’aide de la technologie. Par contre, selon la mairesse, il y a encore beaucoup de travail à accomplir. 

Mme Redfern tente de trouver d’autres partenariats, programmes et idées visant à améliorer l’Internet dans le Nord canadien. Dans le cadre de la recherche de solutions, elle encourage les gouvernements et les autres intervenants à chercher au-delà de nos frontières. 

« Notre pays doit se préoccuper des grandes régions qui ne sont pas connectées adéquatement. Il existe un fossé de longue date entre les normes et les investissements du sud et du nord en matière d’infrastructure et de télécommunication. Les habitants du nord, qui sont pour la plupart des membres des Premières nations, sont ceux qui souffrent de cet écart numérique important. L’Islande est connectée en presque totalité. La technologie du Groenland est meilleure que la nôtre, tout comme celle de l’Alaska. Arrêtons que nous tourner seulement vers le sud et tentons d’apprendre de nos voisins arctiques, qui ont relevé certains défis avec lesquels nous sommes toujours aux prises », dit Mme Redfern. 

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